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20 novembre 2006

Madame G.

Si ma mémoire est bonne et mes calculs exacts, elle était née entre 1895 et 1900 environ.

 

Je l'ai connue vers mes deux ans lorsqu'avec mes parents et Mémée, je suis venue habiter ce petit village de 250 habitants. Elle occupait avec son mari une maison dans la rue qui montait en face de notre jardin. Ils venaient d'arriver ici pour y passer leur retraite.

 

Dans ces années 60, je me souviens d'elle lorsqu'elle descendait tous les matins pour aller au centre du bourg chez le boulanger ou l'épicier du village. Petite dame frêle qui semblait déjà vieille à mes yeux d'enfant.

Je la croisais chapeautée tous les dimanches en allant à la messe. Nous nous retrouvions quelquefois sur les mêmes bancs dans l'église. Je sentais que Maman appréciait de s'asseoir à côté d'elle. Cela devait la changer des autres femmes rugueuses de ces assemblées. Car Madame G. arrivait de la ville, de la capitale plus précisément et cela se ressentait dans son élocution, son maintien.

Même si elle a su s'intégrer dans notre microcosme villageois, elle est toujours restée Madame G. pour tous ses voisins. Personne ne l'a jamais appelée par son prénom. Son mari était plus distant et parlait peu. Il me semble qu'il ne sortait guère de chez lui.
Je me souviens qu'en vieillissant il a commencé à perdre la tête, qu'on le voyait alors passer dans la rue et peu de temps après sa femme le rattrapait pour le ramener chez eux.

 

C'est chez Madame G. que j'ai fait mes premières armes dans le monde du travail. Vers 12-13 ans, j'allais passer 2 heures chez elle le mercredi matin pour "épousseter" ses meubles et passer l'aspirateur sur ses moquettes.

En vérité, c'était surtout le moyen pour moi d'obtenir un peu d'argent de poche et d'écouter Madame G. me raconter des anecdotes sur sa vie.

 

Et la vie de Madame G. a été bien remplie !

Jeune fille de bonne famille bretonne, elle a épousé un breton, marin de son état. Marin militaire qui l'emmena vivre dans divers ports français : Brest, Toulon, ... et lui fit trois enfants (deux garçons et une fille).

Pour une femme de cette génération, elle était très évoluée car elle avait beaucoup voyagé. Ses enfants avaient tous poursuivi de longues études. Elle en était heureuse même si elle déplorait l'éloignement que cela avait occasionné avec eux.

Lorsque je la voyais régulièrement pour l'aider à nettoyer ses fenêtres par exemple, elle me racontait comment la vie n'avait pas toujours été facile avec son mari.

Comment elle avait désamorcé au début de leur mariage, une dispute avec Monsieur G. qui était d'après ses dires, têtu comme un breton !

Son conjoint étant très en colère et hurlant, elle ouvrit devant lui son parapluie. Ce qui le surpenant au plus haut point lui fit stopper tout net ses invectives et poser la question : "mais que fais-tu avec ce parapluie ???" Ce à quoi elle lui répondit du tac au tac et sans rire : " le grain étant tellement fort, je me protège de la pluie en attendant que l'orage passe !!!"

L'humour gagna la partie et fit comprendre à Monsieur G. qu'il avait trouvé aussi têtu que lui (en bonne bretonne qu'elle était également).

 

Elle termina sa vie dans ce petit village au début des années 80 après avoir enterré d'abord son mari puis ses deux fils ainsi que le mari de sa fille ...

Il y a longtemps qu'elle n'avait plus de larmes ...

 

(Ma mère m'a donné à lire la dernière lettre reçue de sa fille à l'occasion de la nouvelle année)

 

Écrit par Madleine dans Souvenirs de la campagne | Commentaires (24)