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24 mars 2007

Simone

Cest en commentant chez Anita à propos de lecture, que je me suis souvenue de ces journées chez elle au début des années 70.

Comme je suis pratiquement sûre que personne ne pourra la reconnaître, je l'appellerai Simone car c'était le prénom qu'elle portait !

J'ai toujours du mal à me rappeler des dates mais après quelques calculs, je pense qu'elle était née entre 1905 et 1910.
Si je l'ai connue, c'est que son mari, Camille travaillait avec Jules, celui de Mémée, à la SNCF.
Les deux couples bien que n'étant pas tout à fait du même âge avait sympathisé. Ils habitaient alors en région parisienne mais arrivés à l'âge de la retraite, au début des années 60, Simone et Camille sont venus s'intaller dans le village où j'habitais alors avec mes parents et ma grand'mère, qui y était revenue depuis quelques années après la mort de son mari.

Je n'ai aucune idée d'où étaient originaires Simone et Camille, pourtant comme beaucoup de parisiens ou banlieusards, il avaient certainement des racines provinciales !
Je ne leur ai connu aucune famille ni à l'un ni à l'autre. Ils semblaient indépendants de toutes attaches.
Leur couple étant resté stérile, qui peut se souvenir d'eux ? Camille est décédé en 1968 et c'est d'elle dont je peux conter quelques souvenirs.

C'était une grande et mince femme, élégante, maquillée et parfumée.
Je ne crois pas qu'elle ait exercé une profession. Alors, j'ai des interrogations sur ce qui remplissait sa vie pendant que son mari travaillait. Pas d'enfant, piètre cuisinière, ne faisant pas de couture ou de tricot, n'allant pas à l'église, comment occupait-elle ses journées dans ces années où les femmes étaient cantonnées au rôle de maîtresse de maison ?
Je sais qu'elle lisait beaucoup, écoutait des pièces de théâtre à la radio, allait au cinéma. J'oserais insinuer qu'elle eut peut-être des amants ... c'est ce qu'il me plaît d'inventer car rien n'est moins sûr. Elle semblait assez froide à qui ne la connaissait pas et n'avait pas l'heur de plaire à certaines femmes qui, me semble t-il, la jalousaient ...
Elle fut l'objet de commérages aussi lorsqu'à peine quelques années après la mort de son mari, elle porta des robes beiges ou bleues claires !

Lorsque j'étais adolescente, j'habitais à quelques kilomètres de chez elle. Je partais à vélo certains mercredis matins pour passer la journée près d'elle. Nous nous préparions des gâteaux, j'essayais ses chaussures, nous plantions des fleurs, regardions la télé le midi, partions en balade dans les chemins avoisinants, lisions dans des chaises longues en rotin à l'ombre des arbres, ... Je retrouve l'odeur de ces étés là lorsque je suis à la maison aux volets bleus, que l'air est saturé de chaleur, que les abeilles ou les guêpes bourdonnent au dessus des roses, ...
C'est dans sa bibliothèque que j'ai pioché mes premiers frissons d'amoureuse en m'identifiant à Arlette dans "Ces dames aux chapeaux verts" ...

Avec Camille, ils étaient des adeptes du vélo et partaient depuis Paris jusqu'en Provence, à St Jean Cap Ferrat, en tandem. Sur les photos, ils avaient une classe folle avec leurs pantalons et pinces à vélo, chapeaux de paille et lunettes !
Elle vécut jusqu'au début de ce siècle, terminant sa vie en maison de retraite et ne reconnaissant plus ma mère ...

J'ai en souvenir d'elle ce bracelet, ramené d'un voyage en Algérie ... Je le portais lorsque j'avais 18 ans avec des jupons fleuris ...

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Écrit par Madleine dans Souvenirs de la campagne | Commentaires (16)